Les articles et textes rédigés à l’occasion des installations et expositions


SOUS LE COMMISSARIAT DE LAURENT QUÉNÉHEN, Avec les artistes Ana Apostolska, Clémentine Corbeil-Obst, Isabelle Millet, Dominique Weill

Une exposition sur nos entourages, nos voisinages involontaires, on ne choisit pas sa famille ni ses voisins. Ce qui nous entoure nous encercle, la frontière est franchissable dans un sens comme dans l’autre, c’est un open way. Ces artistes détourent leurs entourages, voisinent leurs voisinages et regardent alentour ceux qui vivent comme nous et autrement[…]
Isabelle Millet trouve un jour dans la rue près de chez elle des diapositives d’une famille inconnue. Des bouts de vie jetées sur le sol qu’elle récupère, fait tirer en ajoutant un filtre personnel. Des souvenirs de famille, d’amis, d’enfants et d’animaux photographiés qui pourraient êtres les nôtres, qui sont les nôtres dans la grande famille de l’humanité. Il y a plus de points communs entres les hommes que de différences[…]

Laurent Quénéhen

« C’est toi quand t’étais p’tite? je pose la question j’aurais juré, et ces parents avec leur nouveau bébé, j’ai un doute. La vie des autres est celle aussi de Isabelle M qui accouple des diapositives trouvées dans une valise abandonnée avec l’improbable destinée d’être exposées dans les anciens vestiaires de la SNCF. Images restantes, voyage en teintes douces, revêtements pop. tendresses surannées; où même le paquet de gitanes négligemment posé sur la table lasse revête un aspect poétique (zoom). En alignement, c’est l’histoire recomposée d’une famille de la naissance à l’amour que l’on adopte au fil du regard; que l’on cueille par transparence sans le ronflement du projecteur mais avec tous ces pistils de souvenirs. »

Clémentine Corbeil-Obst


Il souffle un renouveau sur la photo de rue, une sortie du purgatoire. Des voies nouvelles sont en train de s’ouvrir. Elles sont moins tournées vers la narration sans parole – avec humour et morale – comme celle des grands humanistes parisiens des années 50. Elles s’attachent à documenter les comportements typés contemporains, ceux de tous les jours, dans les métropoles du monde entier, comme à Paris. Et, à notre grand intérêt, elles explorent des nouvelles façons d’en discourir.

Carlo Werner, Bruno Dubreuil


 

 […]. Les oeuvres présentées dans l’exposition « Louis Stettner : les descendants » font écho avec un ou plusieurs aspects clefs de la démarche de Louis Stettner. Les Boîtes instants d’Isabelle Millet font, quand à elles, écho à la qualité atmosphérique des photos de Stettner, que loue Clément Charoux – co-commissaire de l’exposition qui lui a été consacré en 2016 au Centre. En superposant plusieurs photos prise à des moments différents en un même lieu, Isabelle Millet met en lumière ceux et ce qui le traversent. Elle donne ainsi à chaque instant sa force propre, par sa capacité à témoigner d’une rencontre et d’un dialogue qui se noue dès lors qu’un regard se porte sur un lieu ou un être, en révélant qu’il est porteur d’une histoire, inscrite tant dans le cadre que dans ce qui le déborde.

Bastien Engelbach / IMMIXgalerie


C’est probablement aux boîtes noires des avions qu’il conviendrait de rapprocher les boîtes à instants d’Isabelle Millet. Comme les enregistreurs de vol, ces ingénieux dispositifs conservent la mémoire de ce qui a eu lieu. Dans un châssis profond sont présentés sur trois plaques de verre trois clichés superposés et éclairés par derrière, l’ensemble offrant à la vue trois moments différents du même paysage, urbain le plus souvent. Et si un curieux étourdiment s’approche un peu trop, son regard risque bien d’être attrapé par l’habile agencement des photos accumulées. Et que voit-il, ce curieux amateur ? Une image, qui cherche toujours à se stabiliser mais qui ne coïncide pourtant jamais exactement avec ce qu’il avait prévu. Cela pourrait s’appeler une histoire, c’est-à-dire une percée du temps dans l’espace : Ces deux-là, blancs comme des zombies, qui se rencontrent peut-être, qui semblent échanger un regard, oseront-ils sortir des clous, sortir ensemble ? Et la voiture là-bas renversera-t-elle les perspectives d’avenir de cette vieille dame déjà défaite, si hâve, en train de traverser la rue comme un revenant ?

Ainsi que ceux des avions, ces boîtiers vous offrent le récit de ce qui s’est passé. Ou de ce qui se passera. Ou pas. A vous de voir

Thierry Romagné, auteur littéraire et critique

———————————————————–

The closest comparison you could make to Isabelle’s « Moments Boxes » would be that of a plane’s black box. Just like the flight information recorders, these ingenious slides preserve a memory of what has taken place. Three shots, lit from behind, show the same scenery (most often an urban scene) taken at three different times, which are stacked on three glass plates presented in a deep frame. If a curious onlooker gets too close, there is a high likelihood of his gaze being drawn to the skillful arrangement of the intoxicating accumulation of pictures. And what will a curious amateur see? An image, which always seeks to become stable, yet never becomes exactly with what he had expected. This could be called a story, that is to say an opening of time in space: the pair of them, white like zombies, may meet and appear to exchange glances, but will they dare to come into the limelight together? And will that car over there, knock over the haggard, terribly gaunt old lady, who is crossing the street like a ghost?

As with planes’ flight information recorders, these “moments boxes” offer you the story of what happened. Or what will happen. Or not. See for yourself.